Ce vieux rêve qui bouge d’Alain Guiraudie, explore la sexualité au coeur de l’usine.
Le regard n’est pas dans l’urgence. e Ce vieux rêve qui bouge est pourtant au plus près de cette crise de l’emploi permise par un libéralisme étouffant, mais s’intéresse davantage au corps des ouvriers, nus dans les vestiaires, habillés courts profitants du soleil à midi, ou collégialement assis une bière à la main le soir venu, et concentre le plus long de son temps, en plans fixes, sur Jacques démontant les machines les unes après les autres. Les ouvriers inactifs lui proposent une aide. Il refuse : « Cette machine je la démonte sans problème et j’aime autant travailler seul. »« L’usine ferme. Jacques est employé à démonter chaque machine avant la fermeture définitive. Absurde situation dans laquelle on continue à faire des journées complètes, à pointer s’habiller et se déshabiller dans les vestiaires, sauf qu’il n’y a plus de travail. On profite alors d’une vie collective, condamnée elle aussi, on s’éternise à la pause repas, boit des coups, joue aux cartes, et surtout on observe ce nouvel arrivant, vissé seul derrière les engins. »Rythme et accents
Ce vieux rêve qui bouge consent à prendre le temps. Les ouvriers du film vont désormais à l’usine à la manière d’un enfant qui profite des derniers jours d’école avant les grandes vacances, fenêtres ouvertes pénétrées par le soleil, beaucoup plus dans la cour, et autant jouer aux cartes puisque le travail se fait rare. La partition musicale y est pour beaucoup, hybride dans sa composition : chants de la chaleur d’oiseaux ou d’insectes des herbes sèches, mixé entre ceux des engins, du bruit sourd permanent de l’usine qui persiste même en déroute, des impressions de vents, des voitures parfois plus hauts sur la route, et toujours les vibrations du métal.À ce rythme se surajoute un langage marqué par des accents auvergnats ou clermontois, une constante dans le travail d’Alain Guiraudie qui s’emploie à fixer les spécificités territoriales dans ses films. Alors ça passe parfois par le langage (l’accent aveyronnais dans Les Héros sont immortels, 1991), et parfois par des traversées : on pense au causse du Larzac dans Du Soleil pour les gueux (2001), re-historicisé par l’inscription du passif politique du territoire qui a connu une décennie de lutte sociale contre l’expropriation des paysans à partir de 1971.





