Après l’obtention de son César en 2024 avec son court-métrage « L’Attente », Alice Douard livre son premier long-métrage. Des Preuves d’Amour est inspiré de son expérience personnelle où elle prolonge les questions qui traversent son cinéma.
Présenté à la Semaine de la Critique de 2025, Des Preuves d’Amourmarque l’entrée d’Alice Douard dans le long format avec l’envie d’inventer un nouvel imaginaire dans le cinéma français : celui d’une maternité queer, une expérience à la fois singulière mais également universelle. À travers le parcours d’un couple qui s’apprête à accueillir un enfant, la réalisatrice souhaite offrir un nouveau regard sur ce que signifie “faire famille” et les défis qui s’y accompagnent. Pari réussi ?« Céline (Ella Rumpf) attend l’arrivée de son premier enfant. Mais elle n’est pas enceinte. Dans trois mois, c’est Nadia (Monia Chokri), sa femme, qui donnera naissance à leur fille. Sous le regard de ses amis, de sa mère, et aux yeux de la loi, elle cherche sa place et sa légitimité. »
Mamma Mia !
Un fond rouge en préambule, accompagné d’une voix. Celle de Claude Bartolone, président de l’Assemblée Nationale qui annonce l’adoption de la loi sur le « mariage pour tous ». Des applaudissements et des sifflements fusent : en quelques secondes, Alice Douard nous immerge dans un film d’époque où les règles et les instances sont encore en plein balbutiements malgré la légalisation du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels. Balbutiements qui sont des obstacles pour les-dits couples.C’est d’ailleurs ce qui va caractériser le parcours de Céline (Ella Rumpf), qui va devoir entreprendre un parcours administratif pour être reconnue comme mère car c’est sa compagne Nadia, superbement interprétée par l’énergique Monia Chokri qui porte leur enfant. Pour cela, elle va devoir fournir des « preuves d’amour », des témoignages de douze proches attestant de son implication dans la vie de son futur bébé avant et après sa naissance. Une situation plutôt complexe, où la quête de légitimité de Céline va la pousser à se confronter à sa propre relation avec sa mère. Une pianiste distante qui ne s’est jamais vraiment intéressée à sa fille, privilégiant sa carrière.En revendiquant l’envie de faire un film « simple » et modeste, la réalisatrice appréhende une autre réalité, mettant en exergue les obligations que la société impose aux familles non-traditionnelles, où l’intime et le politique se mêlent sans jamais perdre son côté lumineux et comique.Le Voyage Fantastique
En s’intéressant aux mois qui précèdent la venue au monde de l’enfant, Alice Douard dresse le portrait amoureux de deux femmes qu’elle considère comme des pionnières (depuis 2021, la loi a évolué. Une femme peut faire une reconnaissance anticipée de l’enfant à naître).Si leur parcours est constitué de nombreuses micro-agressions ou de multiples questions indiscrètes sur tous les aspects de leur vie, le film réussit à doser ces moments avec beaucoup de comédie, réussissant à nous faire rire face à l’absurdité administrative et la maladresse de certaines situations – la visite chez le médecin qui avoue que c’est la première fois qu’il rencontre deux femmes qui ont un bébé et qu’il ne sait pas quelles antécédents familiaux il doit prendre en compte – ou de certains comportements. L’alchimie entre Monia Chokri et Ella Rumpf y est pour beaucoup : de caractères contraires, elles s’aiment avec fougue et douceur, avec simplicité et divergences.














