Après son court métrage Pollux (2018), Michaël Dichter retourne dans la région Grand Est pour réaliser son premier long métrage Les Trois Fantastiques, buddy movie crépusculaire à la croisée des genres.
Contant le tiraillement interne d’un adolescent pris en étau entre sa famille de sang et celle qu’il s’est choisit, Les Trois Fantastiques captive par son mélange des genres et sa représentation rugueuse de l’abandon, de la sortie de l’enfance, de la perte de l’innocence et de l’impact des proches sur son développement personnel.« Max (Diego Murgia), Vivian (Benjamin Tellier) et Tom (Jean Devie), treize ans, sont inséparables. Ce début d’été est plein de bouleversements : la dernière usine de leur petite ville des Ardennes ferme tandis que Seb (Raphaël Quenard), le grand frère de Max, sort de prison. Ses combines vont peu à peu entraîner les trois adolescents dans une chute qui paraît inéluctable… »
Multi-genres
Les Trois Fantastiques s’ouvre sur des séquences estivales qui fleurent bon le buddy movie, appuyées par le morceau True Love Will Find You In The End de Daniel Johnston. Une ballade aux notes et mots simples qui laissent poindre une atmosphère douce et solaire à la Stand By Me (1986) ou LesGoonies (1985). Pourtant, dès la sortie de prison de Seb, le film bascule rapidement dans la chronique sociale, puis la tragédie. On comprend alors que Les Trois Fantastiques n’a de rigolo que son titre, et qu’il est en réalité question d’un récit tailladé de toute part par les désillusions, les amitiés trahies et une fratrie toxique.A l’unisson de ce rise and fall sur la fin de l’enfance et de l’innocence, l’image du film, dans un premier temps colorée et lumineuse, s’assombrit au fil des scènes jusqu’à une séquence nocturne en montage parallèle, empreinte d’une tension et d’une violence que l’on ne voit pas venir. La fin de cette période charnière qu’est l’enfance est une nouvelle fois représentée ici comme synonyme de péripéties plus ou moins douloureuses. Et elle prend dans Les Trois Fantastiques une dimension mélancolique et rugueuse qui retourne par endroit le cœur.Anatomie d’un gang
Constamment ensemble dans leur cabane à l’orée des bois, véritable musée dédié à leurs longues années d’amitié, les trois garçons passent leurs journées à se vanner, rire, faire du vélo et tenter de récolter la somme nécessaire pour partir tous trois en colo. Autoproclamés « les trois fantastiques » par Tom, le musicos de la bande, nos compères juvéniles vivent d’amitié et d’eau fraîche jusqu’à l’arrivée de Seb et ses magouilles. Les différences sociales et psychiques au sein du trio éclatent alors au grand jour, mettant à mal leur amitié.En effet, chaque membre du groupe incarne un « type » d’enfant. Tom est le plus aisé, le plus créatif et le plus innocent de la troupe. Il est également celui qui morfle le plus à l’école, bouc émissaire d’un élève plus âgé. Vivian se rêve quant à lui en chef de bande. Non avare de conseils et de leçons de vie, il se prend pour un adulte sans l’être. Quant à Max, il représente l’enfant déjà adulte sans le savoir, celui qui a fait ses armes dans un cocon familial bancal. Ce groupe à la mixité captivante est pourtant menacé par le tenace déterminisme social. On regrette à ce propos que la fermeture de la dernière usine de la ville ne soit qu’une toile de fond si peu exploitée. Le parallèle entre l’équilibre fragile des trois garçons en pleine mutation et cette ville laissée pour compte aurait été intéressant.










